« Chacune de mes blessures a créé une perle. »
Alexandro Jodorowsky


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TRAUMATISME :
Quand l'animal montre le chemin à l'homme.
Extrait de l'article de NEXUS – n°69 - juillet-août 2010


Comme la gazelle impala qui s'ébroue après avoir frôlé la mort,
il est essentiel de réconcilier le corps et l'esprit pour sortir du traumatisme.
C'est ce qu'a découvert le psychologue américain Peter R. Levine


Pour P. Levine, le monde animal est une source
de compréhension des mécanismes en jeu.

Quels mécanismes permettent aux animaux sauvages qui subissent des agressions au quotidien, en particulier les proies, de conserver leur équilibre psychique, alors que nombre d'êtres humains confrontés à un événement qui les submerge basculent ou glissent vers un état pathologique de souffrance psychique ou même physique ?
Comprendre ces phénomènes et les utiliser en thérapie est d'une importance primordiale dans un monde où chacun d'entre nous peut subir des violences extraordinaires, telles que des prises d'otages ou des attentats, mais aussi des événements du quotidien qui, bien qu'apparaissant plus bénins, sont potentiellement traumatogènes et peuvent gravement porter atteinte à la qualité de notre vie.
La relation proie-prédateur
Peter A. Levine, docteur en sciences médicales et biologiques, affirme après plus de quarante ans d'études sur le sujet et de travaux auprès de patients, que la clé de la connaissance des symptômes traumatiques de l'être humain se trouve dans sa physiologie et non dans sa biographie.
Au temps de sa découverte en 1969, il étudiait le comportement des animaux dans la relation prédateur-proie. Il décrit comment une jeune gazelle impala pourchassée par un guépard s'effondre au sol juste avant d'être capturée, s'abandonnant ainsi au prédateur. La proie ne pouvant continuer à fuir et n'envisageant pas le combat est entrée spontanément dans un état d'inconscience dite de sidération (comme cela peut arriver à tout mammifère face à une mort imminente), ce qui réduirait sa souffrance si elle était tuée. Il est aussi possible que l'impala puisse profiter de la baisse de vigilance du guépard pour se relever d'un bond et s'enfuir avec vélocité, car en règle générale un prédateur ne tue pas une proie immobile. Quand l'animal est arrivé en lieu sûr on observe qu'il s'ébroue, libérant ainsi l'énergie qu'il avait emprisonnée lors de la sidération, puis il retourne paisiblement à ses activités sans être affecté. On peut trouver dans ce comportement animal non seulement les éléments de compréhension du syndrome psycho traumatique, mais aussi de sa guérison. Ainsi, plutôt que de revivre le traumatisme et de l'extérioriser par une catharsis qui risque de submerger les mécanismes de régulation de l'organisme ou de créer de faux souvenirs, il faut, à l'image de l'impala, «s'ébrouer» en déclenchant un processus physique réparateur.
Levine a donc mis au point la méthode Somatic Experiencing® et propose des pratiques concrètes et spécifiques pour la guérison du « syndrome psycho traumatique ». Voyons comment un tel syndrome peut prendre place et se manifester à partir d'événements apparemment bénins ou banalisés.
Identifier le syndrome psychotraumatique
De tels cas ne sont pas rares : d'abord, Solange, victime de violences conjugales, a quitté son domicile avec son jeune fils Loïc mais elle éprouve de la honte, de la culpabilité et une perte d'estime d'elle-même. Elle a organisé sa survie sur un comportement d'évitement; si rien n'est fait, elle risque de glisser vers une profonde dépression, une maladie psychosomatique, voire une marginalisation.
Ensuite, Claire, victime d'un accident de la route, et enfin Pierre, licencié sans ménagement, souffrent tous deux de symptômes similaires.
II est possible d'être traumatisé par des événements apparemment plus ou moins bénins (hospitalisation, trahison, rupture et ainsi de suite) si l'expérience douloureuse n'a pas pu être métabolisée et trouver ainsi sa place dans l'histoire de notre existence. Quelle que soit son origine (événement unique, répété, intentionnel ou non, perpétré par un individu ou non), la particularité du traumatisme est de submerger la capacité de compréhension, d'action et de contrôle émotionnel des victimes et de les placer dans un sentiment d'impuissance totale. En effet, à moins de bénéficier d'une aide médico-psychologique précoce, de facteurs et contextes protecteurs, certaines personnes exposées à un événement difficile, et notamment celles ayant subi une commotion psychique, risqueront de développer un syndrome psycho-traumatique, connu aussi sous l'expression d'état de stress post-traumatique (ESPT). Ajoutons que plus le traumatisme atteint un sujet précocement, comme c'est le cas de Loïc dans notre exemple, plus les conséquences risquent d'invalider son équilibre psychologique, en particulier la construction de sa personnalité, et ce de façon irrémédiable.
Les symptômes pathologiques peuvent apparaître dans les jours qui suivent l'expérience à pouvoir traumatogène, mais il arrive qu'ils restent latents pendant des mois voire des années et se trouvent soudainement levés lors d'un contact fortuit avec une circonstance faisant écho à l'événement d'origine: lieu, personne, date, etc. Pour Solange et Loïc le traumatisme répété est qualifié de type 2, alors qu'il est dit de type 1 lorsqu'il est de survenue isolée comme pour Claire ou Pierre.
Quand l'esprit est violé, tout se fige
La commotion psychique, qui augmente notablement le risque de syndrome, se manifeste à des degrés divers et sous des formes variables. Lorsque Solange était battue par son mari, son état de choc s'exprimait par un sentiment de peur puis d'impuissance qui la privait de réaction comportementale et émotionnelle, elle se laissait frapper sans même chercher à se défendre. Loïc de même restait silencieux et inerte. Après son accident, Claire s'est retrouvée dans un état de forte agitation, alors que Pierre a eu une impression de déréalisation et de dépersonnalisation correspondant à un état dissociatif. Les victimes se trouvent bouleversées par une situation mettant fin au mythe de leur invulnérabilité, de leur sécurité physique et psychologique de base. Leur psychisme est blessé et la survenue de l'événement traumatique puis de son cortège génère un profond changement dans la perception qu'elles ont d'elles et du monde.
Sur un plan physiologique, les violentes émotions provoquées par le traumatisme débordent complètement les capacités de gestion et d'intégration naturelles du cerveau et du psychisme des sujets, car, bien que les humains possèdent des mécanismes régulateurs pratiquement identiques à ceux des animaux, ceux-ci sont souvent ignorés par l'esprit rationnel qui induit une inhibition néocorticale. Les éléments de l'effraction composés de sensations, de pensées, d'émotions, sont stockés brutalement de manière désorganisée aux détours d'un violent orage neuro-hormonal et demeurent alors dissociés des autres représentations mentales ou souvenirs.
Comme l’expérience des victimes ne peut s'intégrer dans le cadre d’expériences antérieures, elles se trouvent dans une totale incompréhension de ce qui leur survient. Selon Peter A. Levine, la réponse biologique réflexe du traumatisme déclenché dans le corps est un processus d'information physique (réaction inflammatoire ou réaction émotionnelle douloureuse) non traité par le système nerveux, l'information reste figée en mémoire et nuit ainsi à la santé physique et psychologique. Il peut se produire de surcroît un phénomène cumulatif car le figement se développe en intensité avec le temps, induisant de nouveaux symptômes si rien n'est fait pour y remédier. Malgré tout, le syndrome psycho-traumatique n'est pas incurable, c'est un mal-être qui peut être guéri grâce à nos ressources naturelles.
Le déni du traumatisme ou sa banalisation par L'entourage de la victime ou par les instances administratives, judiciaires ou médicales empêche la guérison et crée une sur-victimisation.

Précisions terminologiques :


Catharsis :



méthode de traitement psychologique visant à faire extérioriser par le malade des événements traumatisants et refoulés.(retour)


Sidération :



état dans lequel le sujet est figé par l'événement et privé de réaction comportementale et émotionnelle.(retour)



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